Formation continue des personnels sanitaires, sociaux, socio-éducatifs et des collectivités territoriales
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2010

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Redonner du sens à ses pratiques professionnelles

 

 

Partout, en introduction à des textes concernant nos milieux professionnels, on lira que: « Les secteurs sanitaire, médico-social et socio-éducatif ont énormément changé ces dernières années ».

Une phrase qui dit une vérité incontestable.

N'est-elle pas pourtant devenue une antienne facile, dont l'évidence nous amènerait à faire l'économie d'une réflexion ?

Nos discours se construisent sur ce consensus obligé, et s'élèvent, fragiles et contradictoires. Nous sommes étonnés de ne pas parvenir à davantage de solidité, à davantage de solidarité dans nos manières de penser l'avenir.


De nombreux professionnels expriment, depuis quelques années, une nostalgie pour un « coeur de métier » dont les éloigneraient les nouvelles lois et réglementations et la récente exigence de gérer les structures de soins et d'accompagnement social comme des entreprises, évaluation de résultats quantifiables à la clef.

Alors que les démarches qualité affirment placer l'usager au centre des dispositifs, une crainte se fait de plus en plus forte : celle que les réalités financières oeuvrent dans un sens contraire, et que la prise en compte de l'homme dans ses multiples dimensions ne devienne bientôt un rêve lointain.


Au final, ne sachant comment se situer dans un monde mouvant et craignant de ne plus mettre en oeuvre leurs idéaux, celles et ceux qui interviennent auprès de populations en souffrance (physique, psychique, sociale...) se sentent souvent mal à l'aise.

Au quotidien, chacun aborde son métier avec les ressources propres à celui-ci, certes, mais aussi avec tout ce qu'il est en tant qu'être humain : ses représentations, ses valeurs, la culture dont il est porteur...

A ce titre, les professionnels ont besoin de penser le changement : en accepter les conséquences sans prendre ce temps là, c'est en fait se condamner à un déséquilibre, un jour ou l'autre.


C'est pourquoi se développent de plus en plus des réflexions qui, par le biais des questions éthiques, ou d'un travail autour des valeurs, ou de bien d'autres manières encore, donnent la possibilité à ces acteurs de repenser leur travail et le sens de celui-ci. En trouvant des clefs de lecture pour les réformes en cours, les professionnels découvrent comment articuler engagements individuel et collectif -en particulier dans le cadre de projets- de manière en rester en harmonie avec leurs valeurs.

 

Ce travail nécessite d'aller interroger la profondeur des mouvements en cours, de mieux savoir ce que recouvre le terme « changement », au-delà des aspects législatifs et réglementaires.


Le vieillissement des populations nous place devant d'inédites situations de soins et d'accompagnement, doublées de défis économiques. Le développement des affections de longue durée (diabète, cancers, maladies cardio-vasculaires..) et l'émergence d'un usager « client » disposant de vastes sources d'information, ont contribué au renforcement de droits, mais aussi d'obligations. Le point de vue de l'usager, du patient en particulier, est aujourd'hui pris en compte. En contrepartie, celui-ci se trouve doté de devoirs qui très vite peuvent s'ériger en normes. Prenons pour exemple l'éducation thérapeutique, intéressant outil pour devenir plus autonome par rapport à sa pathologie, qui risque de se transformer en modèle imposé. Or tous les malades n'ont pas forcément les moyens ou le désir d'être ainsi positionnés.


Certaines dispositions, saluées comme des avancées importantes, comportent leurs limites. Il est heureux que la notion de consentement apparaisse dans la Loi de 2002. Cependant elle devient trop souvent une simple formalité précédée d'une information incomplète, qui ne laisse pas le temps à la personne de peser le pour et le contre. Or on sait que le simple fait de consentir au diagnostic (oui, je souffre de telle maladie), constitue un processus long et difficile. Enfin, si le consentement est en Occident considéré comme un acte personnel, il ne peut s'établir que collégialement dans d'autres cultures (on en réfère au père, au mari, au religieux, à la collectivité...).

L'accueil de cultures différentes dans les structures sanitaires et médico-sociales remet en cause bien des certitudes. Il en est de même, sous une autre forme, de l'arrivée, dans les rangs des professionnels, des jeunes générations : leurs conceptions du travail, de la hiérarchie, et de l'engagement, heurtent souvent leurs collègues plus âgés, donnant lieu à des agacements, des dysfonctionnements, voire des conflits.


Il nous semble intéressant d'élargir la réflexion, et de regarder également au-delà de l'Hexagone, car les conséquences de la mondialisation interrogent chaque jour notre éthique. L'irruption du monde dans des sociétés accoutumées à se penser à l'abri des misères environnantes nous place devant de nouveaux enjeux. Elle nous amène également à nous interroger sur l'universalité des valeurs que prônent les acteurs du sanitaire et du médico-social.

La mondialisation agit d'abord, aujourd'hui comme un révélateur de l'injustice au niveau de la planète. Tous les continents, tous les pays, ne bénéficient pas de la même qualité d'infrastructures sanitaires et sociales, ni des mêmes dispositifs d'aide et d'accompagnement. Lorsque nous Occidentaux exportons des concepts en Afrique ou en Asie, ils peuvent se trouver en porte-à-faux avec les réalités matérielles du terrain. 

L'idée de soins palliatifs s'implante par exemple dans des pays où l'eau même est très rare, où il est donc impossible de laver les patients, d'effectuer les soins les plus basiques pour les soulager. De quel « consentement éclairé » est-il question lorsque des personnes en mauvaise santé se soumettent à des expérimentations de médicaments afin de gagner un peu d'argent ?

Pourquoi les sociétés pharmaceutiques et la recherche médicale concentrent-elles leurs efforts sur la lutte contre l'infertilité primaire, alors que le principal problème au niveau mondial est celui de l'infertilité secondaire liée aux MST - si ce n'est parce que celui-ci touche les femmes des pays émergeants ?

Au sein même des pays occidentaux, des pratiques nouvelles se développent, du fait de la diversité des législations face aux grandes questions éthiques : procréation assistée, gestation pour autrui, conservation du sang du cordon, fin de vie... . Voici venir le temps de tourismes d'étranges natures : procréatique (on parle aussi « d'exil reproductif »), abortif, « de la mort » (bénéficier d'un suicide assisté en Suisse par exemple).


Ainsi peut-on estimer que la mondialisation accélère le processus de marchandisation du corps.


Or il est d'autant plus difficile de se positionner par rapport à toutes ces questions que, les philosophes le font remarquer, notre temps social s'accélère. Le monde nous entraîne dans un flux continu, sans pauses permettant de s'interroger et de prendre de la distance.

Les cadres de pensée posés par les Occidentaux sont remis en cause, les contours des bonnes pratiques (malgré les démarches qualité) se font de plus en plus flous et incertains... Cependant, nous, acteurs des secteurs sanitaire et médico-social, devons chaque jour continuer à agir, décider, trancher, choisir.

 

La Formation Tout au Long de la Vie a ici un rôle important à jouer. Quels que soient le sujet traité, elle offre la possibilité d'une prise de recul. Elle est un espace à investir pour réfléchir, repenser ses pratiques à l'aune des mouvements du monde, pour trouver les moyens de rester fidèle à soi-même en s'engageant dans de nouvelles approches. On vient en formation, aujourd'hui, moins pour apprendre de nouvelles techniques ou acquérir de nouvelles connaissances (même si ces deux éléments, qui constituent des ressources, sont toujours nécessaires à la construction des compétences), que pour se donner les moyens de réfléchir à la manière dont on répond aux besoins des usagers, et aux possibilités d'évolution. En invitant les participants à adopter une posture réflexive, les formateurs s'inscrivent dans cette logique et font des stages un des outils (avec les travaux en équipe, les analyses de pratiques, les évaluations de pratiques professionnelles...) qui permettent aux professionnels de se repositionner, de redonner du sens à ce qu'ils entreprennent, et de construire des modes d'intervention respectueux des usagers et de leurs valeurs.