Formation continue des personnels sanitaires, sociaux, socio-éducatifs et des collectivités territoriales
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2012

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Le sujet en formation dépasse l'objet de celle-ci

 

 

Applied Behavorial Analysis (ABA), Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR), Mindfulness Based Stress Reduction (MBSR), Acceptance and Commitment Therapy (ACT),... Voici quelques anglicismes auxquels le professionnel en souhait de formation doit aujourd'hui se confronter.
Leur plus petit dénominateur commun ? Appartenir au monde des neurosciences cognitives, domaine qui « truste » (pour continuer sur un anglicisme) le paysage de la recherche en Santé et de la pragmatique clinique.


Phénomène de mode ou réelle avancée dans le monde de l'accompagnement de la personne ? Les points de vue divergent et l'opposition classique qui est mise généralement en avant correspond à celle de la psychanalyse, gardienne du « sujet » et de ces neurosciences « désubjectivisées ».
Ce faux débat peut procurer chez certaines personnes un intérêt intellectuel mais alors pour les professionnels, qui sur le terrain, sont avant tout dans la compréhension des symptômes de la personne et des solutions pour y remédier, vers où (qui) se tourner ?
Que faire ? Abandonner la psychanalyse qui correspondait bien souvent à la doctrine de son service, son établissement pour se tourner vers cet inconnu fascinant utilisant des termes complexes, reflétant une réalité tout aussi complexe ? C'est parfois, selon les lieux d'exercice, réaliser une « vraie trahison » tant l'esprit des lieux est imprégné de cette « psychanalyse » (bien souvent transformée d'ailleurs en une approche rogérienne), tant la structure « affiche » ce déterminisme psychanalytique (à travers les annonces d'offres d'emploi par exemple : recherche psychologue d'orientation psychanalytique...).


A contrario, certains services ou établissements se sont déclarés depuis quelques temps, comme prônant la méthode ABA (par exemple dans l'autisme) ou d'autres techniques cognitivo-comportementales. Très bien, mais quid du professionnel qui se sent en insécurité par rapport à cela dans la mesure où lui-même ne maîtrise pas forcément ou totalement cette technique et que pourtant il doit dorénavant évoluer dans une structure spécialisée dans cette technique ?


Il est ainsi intéressant de noter que des débats au sein de la recherche scientifique ont amené à des mouvements dans les pratiques, ou en tout cas, étiquetés comme tels. Cependant, qu'en est-il dans la formation professionnelle continue ?


Notre mission, rappelons-le, est de proposer des actions de formation permettant aux professionnels de progresser dans l'accompagnement des personnes en souffrance, que devons-nous proposer ? Devons-nous suivre le mouvement général en proposant des actions reposant uniquement sur une conception théorique en lien avec les neurosciences cognitives ou s'agit- il d'un trompe-l'oeil ?


En réalité, tous ces débats (recherche / monde professionnel / formation professionnelle) reposent sur des discussions, qui, en analysant les tenants et aboutissants, n'ont pas lieu d'être.


Dans la recherche, pour débuter, bon nombre de scientifiques ont pris le parti de noter un lien inter-nourricier entre la psychanalyse et les neurosciences. L'article d'Erik Kandel (2002) est certainement celui qui a le plus participé à cette réunification nécessaire entre la psychanalyse et les neurosciences. Dans cet article, il pose l'idée d'un nouveau cadre s'ouvrant à la psychiatrie à travers l'échange entre biologie et psychanalyse, en indiquant finalement, en substance, que la compréhension fine des processus psychiques ne pourra se faire sans l'éclairage des mécanismes psychodynamiques.
Dans son travail, il cite cette phrase formidable de Jacobs (1998) : « L'esprit sera à la biologie du 21ème siècle ce que le gène a été à la biologie du 20ème siècle ». A elle seule, elle résume tout l'intérêt des sciences cognitives qui étudiant le substrat physiologique, ne donne, à elles seules, aucune lisibilité sur l'expression de ce substrat, c'est-à-dire le psychisme. Depuis cet article plutôt princeps, nombre de contributions ont affirmé la nécessité d'une collaboration étroite en psychanalyse et neurosciences cognitives (par exemple, Pirlo, 2007 ; Hochmann, 2007 ; Tordjman, 2010) Citons plus précisément, un travail récent et fort illustratif de Georgieff (2010) qui a réaffirmé ce lien nécessaire entre psychanalyse et neurosciences à travers le processus analytique, thérapeutique et certaines psychopathologies en lien avec l'empathie.

 

A l'heure actuelle, il est ainsi inepte de se placer dans un courant plutôt qu'un autre, tant il a été prouvé à travers ces différentes contributions que la psychanalyse ne peut exister sans les neurosciences cognitives et inversement.

 

Dans le monde professionnel, là encore, l'opposition entre psychanalyse et neurosciences cognitives est un faux débat. Bien sûr, certains demeurent vigilants sur l'arrivée massive des neurosciences dans le monde professionnel de la Santé, du Social et du Médicosocial en mettant en garde sur la perte de sens au profit d'une explication uniquement biologique.
Cependant (et heureusement !), force est de constater que la plupart des établissements ont une maturité suffisante pour ne pas être dans une exclusivité de modèle théorique et pratique. L'exemple cité plus haut de l'établissement « ABA » reste heureusement très marginal dans le paysage des établissements sociaux et médico-sociaux. En ajout, il serait très présomptueux d'imaginer que les professionnels « attendent » les apports scientifiques pour trouver des solutions aux problèmes quotidiens soulevés par l'accompagnement de personnes en souffrance. Roland Jouvent (2000) nous rappelait fort justement cette réalité à travers son ouvrage sur « la pragmatique de la clinique », exprimant le fait qu'il n'y avait pas d'unilatéralité entre la recherche et le monde pragmatique de la clinique.

 

Reste le monde de la formation professionnelle et notre mission principale. Proposer des connaissances, des savoirs-faire, des savoirs-être et permettre un transfert de ces acquis sur le terrain quotidien de pratique des professionnels semble être une définition assez heuristique de notre métier. Quelle place pour le débat entre neurosciences cognitives et psychanalyse ? Certes, les contenus sont importants et doivent suivre l'ère du temps, mais le coeur de notre métier reste la didactique professionnelle. Nous avons été toujours convaincus, au sein de l'INFIPP, que proposer une démarche réflexive aux participants de nos formations, correspondait à la première nécessité de notre travail. Encore réaffirmé par le travail de Lecigne et Tolve (2010), une démarche participative a davantage d'impact au niveau de la pratique professionnelle que n'importe quelle autre formation qui se centrerait uniquement sur de la « passation de contenus ».


Notre position dans le débat neurosciences cognitives versus psychanalyse, sera donc d'être dans la continuité de notre démarche réflexive, c'est-à-dire de proposer des actions de formation où les deux approches,
d'une même voix, apportent au contenu de l'action, mais en mettant tous nos efforts davantage dans la didactique professionnelle. L'abord de concepts psychanalytiques ou neuroscientifiques dans nos actions de formation, vient donc avant tout de la démarche réflexive entreprise par les participants et de leurs besoins d'éclaircissements dans l'un ou l'autre des domaines.

 

De cette façon, nous respectons nos valeurs, à savoir, privilégier le sujet (en l'occurrence le participant à nos formations) à l'objet (donner une obédience théorique marquée à nos actions).