2008
![]() |
Rechercher | ![]() |
De la pluralité
des indentités
à l'identité plurielle
TRAJECTOIRE DE VIE :
De la linéarité à la segmentation
La notion de trajectoire, empruntée à la balistique, suppose une impulsion de départ, une apogée, un déclin et une fin. Le temps de la vie de l'homme a pu pendant longtemps s'illustrer par cette métaphore. La trajectoire de vie était linéaire, cadencée par des étapes clairement définies qui permettaient d'avoir des repères clairs : enfance, adolescence, age adulte et vieillesse.
L'allongement de l'espérance de vie consécutive aux progrès de la médecine et à l'amélioration de l'hygiène de vie a bouleversé cette approche linéaire de la trajectoire de vie. La segmentation est devenue le mode de structuration du cycle de vie. L'enfance raccourcie, l'adolescence qui s'étire vers l'adulescence et la frontière entre age adulte et vieillesse qui devient floue imposent de conduire sa vie en plusieurs projets qui définissent des segments autonomes.
On devait conduire une vie, on doit aujourd'hui mener plusieurs vies. Cette segmentation de la trajectoire introduit des ruptures, des changements et des disjonctions qui mobilisent en permanence chez l'individu ses capacités d'adaptation et de gestion de ses identités multiples et consécutives.
De la sociabilité à l'individualisme
L'individu a longtemps était inclus dans des groupes d'appartenance aux contours clairs (Etat, Nation, village, famille...) qui lui permettaient de construire une identité reliée à des normes collectives. Ce qui a longtemps donné sens au développement des sociétés humaines, au moins dans le monde occidental, étaient les valeurs du Siècle des Lumières.
Petit à petit ces valeurs, à vocation universelle, ont cédé le pas à des valeurs plus pragmatiques, plus ancrées dans des logiques individuelles. Cette inversion du registre des valeurs a conduit à un délitement du lien social et à une perte du lien intergénérationnel.
Paradoxalement ce développement d'un « quant à soi » triomphant s'est accompagné d'un développement d'un tribalisme autour de facteurs identitaires simplifiés, qui permettent à l'individu de se construire une identité communautaire, certes à minima, mais structurante.
PARCOURS PROFESSIONNEL :
D'un métier à une carrière multiple
Le contour des parcours professionnels a évolué de la même façon. Dans les sociétés traditionnelles l'homme apprenait un métier pour une vie dans un univers économique stable. Les techniques, pérennes, étaient transmises par l'apprentissage et permettaient d'exercer sur la durée de vie professionnelle. Le métier était un élément fort de l'identité : on était maréchal ferrant, cheminot ou mineur et on le revendiquait avec fierté.
L'ère industrielle, l'accélération des progrès scientifiques et le renouvellement des technologies mettent l'individu dans l'obligation d'adapter en permanence les compétences techniques liées à son métier. Pour faire carrière il doit faire bouger son identité professionnelle, le métier devenant polymorphe.
Aujourd'hui où le poids de l'économique est prévalent et, où dans le cadre de la mondialisation on assiste à une complexification des enjeux, le travail est devenu une ressource flexible. Pour mener une vie professionnelle aboutie, il faut aujourd'hui être capable de mener plusieurs métiers, sous peine de se voir poussé vers les chemins de l'exclusion et de la précarité.
Ainsi l'individu, tant au niveau de sa trajectoire de vie que de son parcours professionnel se voit confronté à la gestion de la pluralité de ses identités. Comment passer de la difficulté d'être Soi, à une acceptation d'être Pluriel ?
ITINERAIRE PEDAGOGIQUE :
- Et si la mise en cohérence de ces paradoxes apparents était le challenge de la formation continue ? Aider la personne à passer de la pluralité des identités à la construction d'une véritable identité plurielle ?
- Depuis quatre décennies la formation professionnelle continue a essayé de résoudre cette équation en modifiant ses approches théoriques.
Paradigme 1 : la connaissance vaut compétence
D'un point de vue idéologique, le texte fondateur, la Loi de 1971, voulait inscrire la formation professionnelle dans le concept d'éducation permanente cher à Condorcet. Il s'agit dans ce premier paradigme de permettre à chacun de capitaliser des savoirs tout au long de sa vie pour :
- Rester efficient dans les mutations technologiques incessantes que connaît la société industrielle
- "Rattraper" un parcours scolaire éventuellement chaotique ou infructueux
- Permettre au salarié d'être citoyen dans son entreprise
Dans cette logique, la connaissance vaut compétence, est la formation professionnelle continue et plus organisée comme une formation initiale « continuée » qui permet de capitaliser des savoirs. Les dispositifs se construisent autour d'une logique de contenus et les intervenants, majoritairement dans la posture « enseigner », mettent en avant les savoirs constitués ou académiques.
D'un point de vue institutionnel, les dirigeants utilisent la formation comme un instrument de paix sociale et les salariés sont largement à l'initiative des formations qu'ils suivent. C'est l'époque de la formation « oeuvres sociales », où les organisations sont peu regardantes sur les effets du transfert des acquis de formation sur le terrain, où les plans de formations sont plus le résultat de la somme des désirs individuels que la formalisation d'une intention managériale.
Paradigme 2 : la qualification vaut compétence
Mais ce modèle atteint rapidement ses limites et les organisations vont rapidement utiliser la formation professionnelle pour s'assurer que leurs salariés sont bien qualifiés à leur poste. On assiste alors à une formalisation du travail prescrit (fiches métiers, fiches de postes, fiches missions) et l'on demande à la formation professionnelle de transmettre les savoirs supposés nécessaires à la réalisation de ce qui est attendu.
L'efficience sur le poste de travail passe par l'acquisition des savoirs procéduraux et est validée par l'observation des « savoir faire » et des « savoir être ».
Les dispositifs sont construits autour de ces savoirs procéduraux (faire une démarche de soins, conduire un entretien, écrire dans le dossier de soins, accueillir au téléphone, réaliser une VAD...).
Les plans de formation s'organisent autour des qualifications requises, la dimension individuelle cède le pas aux impératifs du collectif. L'intervenant quitte ses habits d'enseignant pour endosser le bleu de chauffe du moniteur.
Paradigme 3 : de la qualification à la compétence
Malgré les efforts de qualification on observe un écart croissant entre travail prescrit et travail réel. Les situations professionnelles sont complexes, évolutives et en perpétuelle redéfinition. Le professionnel doit s'adapter en
permanence et le corpus des savoirs constitués (savoirs académiques et savoirs procéduraux) ne permet pas cette adaptation. L'individu en formation n'attend plus qu'on lui donne des codes savants sur ses pratiques, mais
qu'on l'amène à comprendre ce qui les sous-tend, ce qui les rend possibles. Il veut saisir les fondements de l'action, les intérioriser et se les représenter en permanence en situation réelle de travail.
Il faut aujourd'hui construire des dispositifs autour des savoirs ajustés qui sont les savoirs produit par l'action ou adaptés par la pratique. Il s'agit de raisonner en terme de compétences et non plus de qualification, c'est-à-dire de travailler sur la capacité de mobiliser ses différents savoirs en situation réelle. Plus que des codes, il faut transmettre les possibilités de les repérer pour que le monde du travail reste ou redevienne un univers de sens.
Promouvoir l'approche réflexive, se référer à la praxis, doit permettre aux professionnels de comprendre ce monde complexe et fragile et de développer les savoirs ajustés nécessaires à l'action.
Les dispositifs pédagogiques à construire doivent intégrer la réalité des situations de travail. Ce qui implique un travail de repérage en amont des pratiques, une analyse de celles-ci comme méthodes pédagogiques pour produire des savoirs ajustés, et une évaluation de l'impact de ces savoirs sur la compétence d'action en situation réelle.
Quel sera le nouveau paradigme de l'identité dans 40 ans ?
Jean Paul BARICAULT
Directeur Général